Un projet de loi de financement de la sécurité sociale à la recherche d'argent

Médicaments et groupements au cœur des économies du PLFSS 2027

Par Stéphane de Vendeuvre -  Co-fondateur de Théragora

Théragora - www.theragora.fr

Les pharmacies d’officine sont, cette année encore, fortement impactées par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS). Mais au-delà des éventuels déremboursements et autres baisses de prix, le PLFSS 2027 entend aussi taxer les groupements de pharmacies. Une mesure à rapprocher du rapport IGAS-IGF sur « la chaîne de distribution pharmaceutique », paru en mai 2026. Et qui révèle la fin d’un front uni au sein de la profession d’officinal.

« Un texte en faveur des patients ». C’est en ces termes que Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes Handicapées a présenté le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2027. Un texte dont « les mesures correctives visent à éviter que le déficit ne se creuse jusqu’à -26,9 milliards d’€uros à l’horizon 2030 ». Pour Nadiège Baille, directrice de cabinet de la ministre, ce PLFSS permettrait même de « ramener le déficit de la branche maladie de -13,8 milliards d’€uros, en 2026, à -7,8 milliards d’€uros, dès l’année prochaine ».

Et pour permettre à l’Assurance maladie de financer les meilleurs médicaments dans le champ de l’oncologie et plus largement des maladies chroniques, le gouvernement entend « introduire une « règle d’or ». Ce PLFSS permettra ainsi à la Haute Autorité de Santé (HAS) de « réviser annuellement l’opportunité de maintenir au remboursement certains médicaments au regard de l’arsenal thérapeutique existant. L’objectif ? Economiser 16 milliards d’€uros dès 2027.

 

Variable d’ajustement

Une mesure qui, pour les pharmaciens, s’inscrit dans une logique purement comptable avec, à la clé une nouvelle pression mise sur l’officine. Selon le nouveau président de la Fédération des pharmaciens de France (FSPF), Fabrice Camaioni, « le médicament est encore une fois la variable d’ajustement du budget de la sécurité sociale ». Un avis partagé par le président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), Pierre-Olivier Variot, qui considère que « le déremboursement de produits mâtures pour financer les nouveaux médicaments va clairement dans le mauvais sens ».

Les présidents des deux syndicats représentatifs des pharmaciens d’officine se montrent en revanche plus neutres -voire circonspects- sur les 100 millions d’€uros qui devraient être réclamés aux groupements de pharmaciens. Selon le président de l’USPO, cette taxe est « la conséquence directe du manque de transparence dont ont fait preuve certains groupements face aux inspecteurs généraux des affaires sociales (IGAS) et des finances (IGF) ». Quant au président de la FSPF, il n’y voit « pas d’inconvénient dès lors que celle-ci est fléchée vers les pharmaciens et contribue à une refonte de la rémunération des officinaux ».

 

Pharmaciens pénalisés

Une position difficilement entendable par le président de Fédergy, Alain Grollaud, qui déplore l’absence de front uni de la profession face aux accusations portées par le rapport IGAS-IGF sur « la chaîne de distribution pharmaceutique » et reprises par ce PLFSS. « A l’heure où 95 % des pharmacies font partie d’un groupement, vouloir assujettir ces structures à une taxe de 15 % va coûter environ 6000 €uros à chaque officine », explique ainsi le président de la chambre syndicale des groupements qui, par ailleurs, réfute l’accusation de financiarisation.

Selon le président de l’Union des Groupements de Pharmaciens d'officines (UDGPO), cette mesure de l’article 10 du PLFSS 2027 est d’autant plus incompréhensible qu’au final elle pénalisera les pharmaciens. Et Laurent Filoche d’expliquer : « les services mutualisés que proposent les groupements à leurs adhérents ont un coût qui sera obligatoirement répercuté sur les pharmaciens soit par une hausse des cotisations, soit par une facturation des prestations proposées ; voire par une réduction des services : négociation, formation, outils numériques, gestion et accompagnement ».

Reste à savoir si le gouvernement pourra changer d’avis sur ces structures et les percevoir comme indispensable pour maintenir le maillage pharmaceutique. Dans l’état actuel des choses, le PLFSS 2027 s’inscrit davantage dans l’optique de lutter contre la financiarisation du monde de la santé. Stéphanie Rist n’a cependant pas fermé la porte en expliquant qu’il conviendrait peut-être de distinguer en fonction de la nature des groupements et de leur forme juridique. En tout état de cause, la prochaine étape se jouera au Sénat le 29 octobre prochain, lorsque la FSPF, l’USPO, l’UDGPO et Fédergy seront auditionnés

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