Histoire de la presse médicale en 2002 ou l'on déplorait déjà la baisse du nombre de titres.

Presse médicale, le ressourcement

- Année 2002 - Visite Actuelle N° 80 - Page 0

Diminution du nombre de titres, baisse des ressources publicitaires, obligation de trouver des abonnés parmi des médecins habitués à la gratuité de leurs revues professionnelles… la presse médicale traverse depuis une dizaine d’années une période difficile qui, paradoxalement, devrait l’amener à retrouver ses fondements et à supporter, par exemple, l’intrusion de ce nouveau canal d’information que représente en puissance internet.

 

Médecine et presse, le lien est ancien. Il date très précisément de 1631, année au cours de laquelle Théophraste Renaudot crée le premier journal français, La Gazette de France. Renaudot est médecin et, à travers des feuilles de petites annonces, il entend venir en aide aux pauvres du royaume.

C’est encore cette idée d’entraide qui prévaudra 238 ans plus tard lors de la création de la première revue professionnelle, Le Concours Médical. A l’origine, on trouve en effet un groupe de médecins, soucieux d’apporter leur concours à leurs confrères et de concourir à l’essor de la médecine en amenant les praticiens, isolés dans leur exercice, à communiquer, donc à se défendre mieux. Le lecteur ne s’abonne d’ailleurs pas, il “adhère à la Société d’entraide du Concours Médical” ! Ses missions sont d’informer (sur les lois, les procès…), de former et de défendre : la toute première action visera à supprimer les Officiers de Santé et à imposer l’unicité du diplôme de docteur en médecine ; les études durent alors 5 ans.

Une quinzaine d’années plus tard, on poursuit cette idée d’entraide en créant le Sou Médical, une société de défense professionnelle (qui deviendra plus tard Mutuelle d’assurance et de défense) pour la couverture du risque. L’adhérent payait un sou par jour, d’où le nom de l’organisme (un sou représentait alors un vingtième de franc).

Toujours dans le même esprit, au début du siècle suivant, la revue sera encore à l’origine des syndicats médicaux, notamment la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français), initiatrice en 1960 avec les caisses d’assurance maladie de la Convention médicale qui conditionne tout notre système de distribution de soins et de protection sociale.

 

La publicité arrive

Face au Concours Médical qui, avec son contenu “activité professionnelle” s’adresse surtout aux généralistes, et à une époque marquée par l’explosion des découvertes scientifiques, apparaît rapidement (1893) La Presse Médicale qui, deux fois par semaine, réserve la plupart de ses pages aux analyses d’articles ou de livres, ainsi qu’aux comptes rendus des sociétés savantes et des congrès.

Information et formation restent le credo de ces deux grands titres, pratiquement seuls jusque dans les années 50. Les lendemains de la guerre voient alors la naissance de nombreux titres, comme La Revue du Praticien et La Gazette Médicale, en grande partie disparus depuis.

Mais c’est l’arrivée à flot de la publicité qui scelle le destin de la presse professionnelle 25 ans plus tard.

Précisément en août 1975 : le Décret Veil interdit alors les mailings envoyés aux médecins par les laboratoires (il s’agit déjà de limiter la prescription et la consommation  médicamenteuses !), lesquels choisiront donc de communiquer par voie de presse. La manne publicitaire se déverse sur les journaux professionnels, notamment Le Quotidien du Médecin dont la périodicité répond aux desseins de l’industrie et qui vivotait depuis 1971, année de sa “hasardeuse” ou… visionnaire, création.

Une multitude de titres ne tardent pas à s’engouffrer dans la brèche ouverte par la ministre de la Santé : on comptera jusqu’à 4 quotidiens en même temps ! En ajoutant hebdomadaires, bi-hebdomadaires, voire tri-hebdomadaires, on arrive à quelque 350 revues ! Une situation unique au monde. Il faut bien voir que le passage d’une publicité dans un journal a divisé par 3 ou 4 le prix du contact par mailing…

On parle alors de 1 milliard de francs nets investis chaque année par les annonceurs. Mais la répartition n’est pas uniforme : moins de 10 titres, généralistes et gratuits, engrangent 80% de cette somme.

 

Coup de fatigue

Les années fastes dureront grosso modo jusqu’en 1990. Après les pompes, le coup de pompe : la dernière décennie, marquée par une forte baisse du volume publicitaire (le milliard de francs annuel des années 80 a aujourd’hui fondu à 200-300 millions de francs nets), voit disparaître environ 20% des revues. A cette baisse deux grandes raisons : la taxation gouvernementale sur les frais de promotion pharmaceutique et la perte de crédit indéniable de la presse médicale dans l’esprit des responsables industriels. “Tous les journaux annonçaient de forts tirages, souligne le Dr François Mignon, ancien directeur du Concours Médical et président du Syndicat de la presse médicale, mais sans jamais apporter la preuve d’un lectorat potentiel. Pratiquement aucun titre n’appartenait à l’OJD [organisme national chargé de contrôler la diffusion, NDLR] et on ne mesurait guère l’audience des titres. Il aurait fallu que les journaux inondés de publicités s’efforcent de conquérir des abonnés. Pour avoir fait l’effort de payer, seuls ces derniers peuvent être considérés comme de vrais lecteurs”.

Et le phénomène risque de s’accentuer encore de par la décision gouvernementale de ne plus accorder systématiquement un numéro de Commission Paritaire (qui délivre les éditeurs de presse d’une très grande partie des frais postaux et des charges sociales) aux revues professionnelles (entre 1998 et 2002, cette aide de l’Etat à l’ensemble des journaux français est passée de 600 millions à 300 millions d’euros). Pour satisfaire les exigences de la Commission (le numéro ne sera par ailleurs accordé désormais que pour 5 ans), chaque revue devra prouver que 50% au moins de sa diffusion sont payés par des abonnements.

 

Retour aux fondements

Triple intérêt de compter des abonnés : ne plus dépendre financièrement des seules recettes publicitaires, obtenir les aides de l’Etat et… redorer son image auprès des médecins et des laboratoires.

Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ?

On assiste à un remodelage complet du panorama de la presse destinée au corps médical, qui va s’abonner puisqu’une part des titres lui est nécessaire (un médecin s’abonnera à 2, voire 3 titres au maximum) et cela ne peut que rendre ce secteur plus fort, plus dynamique, plus réactif, se réjouit d’ailleurs François Mignon. En fait, la presse médicale vit une période de ressourcement. Par la qualité de ses informations, elle doit à la fois conquérir des lecteurs qui paient pour avoir le droit de disposer d’une information libre et retrouver ses fondements : permettre la communication de travaux scientifiques originaux, transmettre une formation pratique et informer des événements de la vie professionnelle”.

Un bien pour un mal en quelque sorte. La récente annonce dans la presse grand public d’une prétendue pression exercée sur un rédacteur par un laboratoire -en l’espèce, faux procès qui trouve son origine dans des problèmes internes à une rédaction- montre combien il est facile de montrer du doigt des revues en mal d’image et fréquemment accusées de dépendance à l’égard des laboratoires. “Mais qui peut réclamer l’objectivité totale ? s’interroge Pierre Ferrer, responsable au sein de l’UDA (Union des annonceurs). En France comme à l’étranger, toutes les presses professionnelles ou presque sont financées par le secteur industriel dont elles dépendent. La revue Prescrire, qui joue régulièrement les moralisateurs, ne dépend peut-être ni des pouvoirs publics ni des laboratoires mais de ses lecteurs (environ 10% du corps médical) qu’il faut certainement flatter, d’où une nécessaire attitude militante… Personne ne peut nier le rôle irremplaçable de la presse professionnelle, lien éditorial entre le monde médical –universitaire- et le monde industriel”.

Même amoindrie, cette presse survivra. “Pour la simple raison qu’elle répond à un besoin, conclut François Mignon. Si elle ne survivait pas ce serait d’ailleurs dramatique parce que la place serait aussitôt occupée par la presse étrangère, notamment anglo-américaine. Or, notre approche de la médecine n’est pas la même : autant elle est didactique ici autant elle est factuelle ailleurs”.

Reste qu’au-delà de ces avatars, l’avenir apparaît très concurrentiel. Au dire des experts, il faut croire à l’arrivée de nouveaux canaux d’information, notamment internet. Peut-être pas dans l’immédiat -le corps médical compte encore peu d’internautes- mais à moyen terme. Cela étant, souligne Pierre Ferrer, “quel que soit le support concurrent à venir, il s’agira obligatoirement d’un support complémentaire du papier. Les médecins auront toujours besoin d’une information préalablement filtrée par des éditeurs capables de synthèse et indépendants de ceux ayant réalisé le travail de recherche et de promotion”.

 

 

 

 

 

Internet est… français
Le saviez-vous ? Au cours des années 70, à travers le projet Cyclade développé avec les universités de Grenoble et de Rennes, des ingénieurs français avaient mis au point un réseau de transmission inter ordinateurs, abandonné en 1977-1978 par les autorités au profit du procédé Transpac… mais rapidement récupéré par plusieurs sociétés états-uniennes –fortement financées par l’Etat- chargées de développer l’internet, le “téléphone du futur” comme le qualifient les spécialistes. “L’anormal n’est pas que nos techniques aient été reprises outre-Atlantique, regrette Louis Pouzin, l’un de ces ingénieurs surdoués, c’est la règle, mais que la France ait arrêté les réseaux pour faire le lit de systèmes qui nous reviennent aujourd’hui. Une fois encore, nos responsables politiques ont démontré leurs talents de rétrovisionnaires !”

 

 

 

La presse médicale aimée des médecins
Selon une enquête IPSOS médias, 46 % des médecins jugent la presse médicale “tout à fait indispensable” à l’exercice de leur profession : 22 % la considèrent totalement crédible et 58 % plutôt crédible, tandis que 21 % pensent qu’elle est tout à fait proche de leurs préoccupations et 53 % plutôt proche. 60 % des médecins y consacrent une heure et plus par semaine et 15% plus de 2 heures.
Parallèlement, internet continue de s’implanter puisque 78 % des cabinets y ont accès en 2001 (48 % en 2000). Parmi les praticiens pas encore connectés, 23 % ont l’intention de le faire dans les prochains mois. Un tiers de la profession dit se connecter au mois trois fois par semaine (60 % moins d’une heure et dans 39 % des cas pour rechercher une information précise), sachant que 24 % ne se connectent jamais.
Ce sont les sites universitaires (39 %) qui sont les plus consultés, devant les sites de presse médicale (31 %), d’associations ou personnels de médecins (30 %) et de labos pharmaceutiques (28 %).

 

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