Plans sanitaires

La révolution nutritionnelle française en marche

Par Dr Sophie Duméry -  Journaliste médecin

Théragora - www.theragora.fr - Année 2000 - Impact Médecin N° Septembre 2000 - Page 0 - crédits iconographique Phovoir

La nutrition, c’est branché ! Intéressés ou pas, les généralistes ne peuvent aujourd’hui y échapper. D’autant que la France lance un ambitieux programme nutritionnel national qui ne se fera pas sans eux.

 

Le Dr Catherine Dormard, installée à Clamart en banlieue parisienne n’attend pas d’être sollicitée, elle va au-devant de la demande d’information nutritionnelle. « Je calcule systématiquement l’Indice de Masse Corporelle (IMC) de mes patients » dit-elle en ajoutant que, n’ayant pas de surpoids elle-même, elle n’aime pas que ses patients en aient. Les patients sont-ils aussi impatients de connaître leur IMC ? «Au moins, ils sont informés », conclut-elle après un petit silence. Le militantisme du Dr Dormard va dans le sens de l’Histoire. Le Haut Comité de Santé Publique (HCSP) vient en effet de publier son rapport « Pour une politique nutritionnelle de santé publique en France »

L’objectif à atteindre en 5 ans (voir encadré) est de réduire l’incidence des maladies cardiovasculaires, des cancers et du diabète, et d’endiguer la vague d’obésité touchant déjà 7 à 10% des adultes et 10 à 12% des enfants, entre autres. Côté équilibre, le mot d’ordre est de réduire les déficits en micronutriments constatés dans la population : calcium, fer, folates, vitamine D et C, iode. Toutefois, le rapport ne recommande pas l’automédication par des compléments vitaminiques ou minéraux, ni même les aliments enrichis en micronutriments. Pour bâtir l’information nutritionnelle, les généralistes pourront puiser aux sources officielles, dont les nouveaux Apports Nutritionnels Conseillés (ANC). « Cette bible nutritionnelle de haute teneur scientifique sera publiée en novembre prochain », annonce le Pr Ambroise Martin (Direction de l’Evaluation des risques nutritionnels et sanitaires, AFSSA). « Un cédérom complètera l’édition avec schémas, tableaux détaillés ainsi que deux programmes de calcul, les apports caloriques conseillés selon les paramètres individuels, et la modélisation des régimes . Le prix de l’ensemble ne dépassera pas les 300 F pour une large diffusion ».

 

Vaincre la néophobie alimentaire

 «On ne peut manger bien que ce que l’on aime », répond Natalie Rigal, psychologue à la faculté de Nanterre, qui travaille sur les déterminants des goûts alimentaires chez les enfants. L’enfant ne choisit pas spontanément une alimentation équilibrée. L’abondance d’aliments le déconcerte. « Le choix est source de stress parce qu’il est hors de son champ de compétence », affirme-t-elle. Aux parents de proposer les bons choix à l’enfant. » Pour vaincre la peur de l’aliment nouveau (néophobie alimentaire) entre 4 et 7 ans, l’enfant a besoin de se familiariser avec l’aliment pour accepter « de le mettre à l’intérieur de soi ». 5 ou 6 dégustations amènent dans la plupart des cas l’acceptation. On peut aussi suivre le parcours du légume jusqu’à l’assiette avec une cuisine privilégiant le plaisir. « La diversité alimentaire, précise Natalie Rigal, n’a pas besoin d’être considérable pour être valable, mais le plaisir, si ».  Faut-il imposer, par exemple un goûter sain mais moins branché ? Oui, fermement et chaleureusement. « La société de consommation favorise l’irrespect des enfants, on les abandonne à leur incapacité de se diriger » s’insurge cette mère de famille, consciente de ce défi quotidien.

 

Une opinon publique en demande

« Les enjeux nutritionnels en santé publique sont importants », affirme le Dr Anne Tallec, membre du HCSP et co-auteur du rapport avec le Dr Serge Hercberg,

(Institut de Veille Sanitaire). Fermement convaincue des bénéfices sanitaires nutritionnels, elle avoue n’avoir pris conscience que récemment de ce potentiel négligé. Le moment est propice, l’opinion favorable, la population demandeuse. « On doit éviter, selon Anne Tallec, la situation pitoyable des Etats Unis où la pléthore d’aliments allégés et le surpoids fréquent témoignent de la guerre perdue contre l’ignorance ». Raison de sa bataille pour la revalorisation de la prévention face à la prééminence du soin. « Prévenir mais pas contraindre » défend-elle avec chaleur en lançant un appel aux confrères : « Tout est à construire, les recommandations doivent contribuer au débat public et restent à finaliser. Nous sommes attentifs aux commentaires de nos confrères sur le terrain ».

Aux médecins qui douteraient de la réussite d’un tel programme, le Dr Serge Hercberg rétorque avec conviction que « la modification des comportements alimentaires en 5 ans est possible, si tout le monde s’y met ». La coordination nationale indispensable pour atteindre cet ambitieux objectif, le Comité d’Appui au programme, est déjà opérationnel. Un miracle administratif qui a beaucoup à voir avec la présidence française de l’Union Européenne. Le gouvernement aimerait poser la première pierre d’une révolution alimentaire historique qui se répandra, peut-être, dans le reste de l’Europe comme celle de 1789...

 

Onze priorités pour la santé publique
  • Réduire de 25% le nombre des petits consommateurs de fruits et légumes.Réduire de 25% le nombre des déficits en vitamines D et/ou en calcium.

  • Réduire les apports lipidiques à moins de 35% de l’apport énergique journalier.

  • Augmenter l’apport glucidique à plus de 50% de l’apport énergétique journalier, en particulier l’apport en fibres de 50%.

  • Réduire de 50% l’apport en sucres simples.

  • Réduire la consommation d’alcool à moins de 20g par jour dans la population générale.

  • Réduire de 5% la cholestérolémie moyenne des adultes.

  • Réduire de 10mmHg la pression artérielle systolique des adultes.

  • Réduire de 20% le nombre d’adultes avec un IMC supérieur à 25.

  • Interrompre l’augmentation de la prévalence de l’obésité chez les enfants.

  • Augmenter l’activité physique journalière de l’équivalent d’un quart d’heure de marcher rapide supplémentaire par jour.

 

Les entretiens de Théragora
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Les médecins réanimateurs hospitaliers sont confrontés à un énorme défi pour prendre en charge les malades en situation critique. Leurs témoignages recueillis pendant le récent webinar de la société européenne de soins intensifs illustre ces difficultés. En France, près de 6 800 patients sont hospitalisés dans ces services de réanimation.
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