Haute Autorité de Santé

Alcool : accompagner chaque personne à diminuer son risque

- Théragora le 27 octobre 2023 N° - crédits iconographique Phovoir

En France, parler des effets recherchés dans la consommation d'alcool et des risques associés à son usage reste difficile, voire tabou. L'alcool constitue pourtant une véritable question de santé sur laquelle il est tout à fait possible d'agir par des actions diversifiées. C'est le sens des recommandations publiées par la HAS à destination de tous les acteurs qui contribuent à la santé, et plus particulièrement de ceux qui agissent en premier recours (premier niveau de contact entre la population et le système de santé). Objectif : permettre à chaque personne de bénéficier d'une information juste et claire sur le sujet, d'un repérage de la consommation d'alcool et de tous les accompagnements possibles afin de diminuer ses risques compte tenu de ses besoins et priorités.

 

L'alcool est la substance psychoactive la plus consommée en France. La consommation d'alcool concerne 87% des personnes âgées de 18 à 75 ans et 77% des jeunes de 17 ans, près de la moitié d'entre eux pratiquant l'alcoolisation ponctuelle importante ou binge drinking[1]. Quelles qu'en soient les modalités d'usage, l'alcool comporte des risques, pour soi-même et pour son entourage, et peut entrainer des complications affectant toutes les dimensions de la vie : physique, psychique, affective, sociale, économique, professionnelle, juridique. Sur le plan sanitaire, l'alcool est la première cause d'hospitalisation, la seconde cause de mortalité évitable après le tabac, la seconde cause de cancer évitable. Parmi les dommages irréversibles affectant les tiers, les troubles neurodéveloppementaux liés à l'alcoolisation fœtale concerne 0,5 à 1 % des naissances vivantes en France. Enfin, l'alcool est impliqué dans 30% des accidents mortels de la route ainsi que dans 30% des cas de violences (physiques, psychiques ou sexuelles).

En dépit de l'omniprésence de l'alcool dans notre société et malgré son retentissement, la réponse apportée par notre système de santé est insuffisante. On observe ainsi l'absence de repérage systématique et généralisé de l'usage de l'alcool, mais également un sous-diagnostic des conduites d'alcoolisation et de leurs complications. Aujourd'hui encore, beaucoup de professionnels pensent que l'alcool n'est une question légitime qu'aux stades avancés du trouble de l'usage d'alcool (addiction). Socialement et culturellement, les résistances sur le sujet affectent les professionnels, exposés à l'alcool et à ses représentations, comme tout autre citoyen.

Face à ces constats, la HAS, saisie par la Direction générale de la santé, publie des recommandations (guide, fiches-outils, synthèse) pour aider les professionnels à agir dès le premier recours et en s'appuyant sur un réseau de partenaires. L'objectif est de diminuer le risque associé à l'alcool via un repérage systématique, précoce, régulier de tous les usages et l'accompagnement de chaque personne, quelle que soit sa situation particulière.

 

L'alcool est un sujet de santé et de qualité de vie pour tous 

Contrairement aux idées reçues, la majorité des dommages causés par l'alcool concerne des personnes qui ne souffrent pas d'addiction à l'alcool. Il s'agit, au contraire, de personnes dont les risques n'ont jamais été repérés - y compris s'agissant de consommations en quantités faibles à modérées - ou dont les usages sont excessifs mais banalisés. 

Par ailleurs, si toute consommation d'alcool, quelles qu'en soient les modalités d'usage, comporte des risques pour la santé et pour la qualité de vie, ces risques varient selon de nombreux facteurs sur lesquels il est possible d'agir : modes de consommation (quantité, fréquence, intensité, etc.), contexte (situations favorisantes, etc.), environnement (professionnel, amical, etc.), risques pris
 Il est donc essentiel que l'alcool soit considéré comme un sujet de santé pour tous, au même titre que l'alimentation, le sommeil, ou encore l'activité physique.

Le baromètre de Santé publique France [2] révèle d'ailleurs que la majorité des usagers du système de santé est en attente d'informations et réceptive aux interventions visant la préservation de leur santé et l'amélioration de leur qualité de vie. Ils estiment les professionnels de premier recours légitimes pour traiter du sujet alcool.

 

Des clefs pour les professionnels de premiers recours afin de repérer et accompagner chacun 

Parce que l'alcool est un sujet de santé pour tous et pas seulement en cas de complication apparente ou d'usage problématique, toute consommation doit pouvoir être questionnée. La HAS souligne à ce titre que l‘accompagnement des personnes vers un moindre risque démarre dès l'évocation même du sujet par l'ouverture d'un dialogue. Ce dernier doit se faire au rythme de la personne concernée sans dramatiser ni banaliser, sans nier ni juger les effets recherchés avec l'alcool et dans le respect des besoins et priorités de la personne qui peuvent être de nature psychologique ou sociale.

Les professionnels qui agissent en premier recours sont des acteurs privilégiés. Ils incluent : dentistes, diététiciens, infirmiers, médecins généralistes, pédiatres, pharmaciens, professionnels de la médecine du travail, gynécologues, sages-femmes, professionnels de PMI, professionnels des milieux scolaires et universitaires, professionnels des urgences, psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux et médico-sociaux. La HAS a élaboré à leur attention un guide points clés, une synthèse des points critiques en premier recours et des fiches-outils, dont l'une décrit de façon très synthétique l'importance du repérage et de l'accompagnement individualisé de chaque personne.

L'accompagnement consiste à coconstruire avec la personne concernée des actions adaptées à ses objectifs. Une grande diversité d'actions est possible dès le premier recours pour renforcer le pouvoir d'agir des personnes face à l'alcool et donc leur pouvoir de diminuer les risques pour elles-mêmes et leur entourage. Parmi ces actions, déclinables tout au long de sa vie, la personne pourra entre autres choisir d'agir sur ses motivations et ressources internes, ses modalités d'usage, ses capacités de gestion du stress et des émotions, de résolution des difficultés, de maitrise de soi ou encore les effets recherchés avec l'alcool en optant pour des alternatives. Elle pourra également agir directement sur ses risques grâce aux outils de la réduction des risques et des dommages (RdRD), comme la désignation d'un capitaine de soirée pour la conduite du retour par exemple.

Le professionnel de premier recours n'est pas seul pour traiter le sujet de l'alcool avec ses patients, il s'inscrit dans un réseau de partenaires diversifiés (spécialisés, associatifs, non sanitaires, etc.) au sein duquel chacun contribue à l'accompagnement grâce à ses compétences spécifiques. Une fiche-outil schématise ce réseau partenarial et liste les principaux acteurs impliqués parmi lesquels figurent notamment les microstructures médicales, les CSAPA (centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie) ou encore les CJC (consultations jeunes consommateurs accueillant les moins de 25 ans sans délais)
 La HAS rappelle enfin l'importance de la pair-aidance notamment grâce aux associations d'entraide.

La HAS poursuit ses travaux sur la diminution des risques liés à l'alcool. Elle a ainsi prévu de publier en 2024 un 2è volet dédié aux femmes, et en 2025 un 3è volet consacré aux plus jeunes.

 

Pour en savoir plus :

- Consulter le guide et les outils 

 

 

 

[1] Dialogue entre médecin généraliste et patient : les consommations de tabac et d'alcool en question, du point de vue du patient (santepubliquefrance.fr)

[2] Observatoire français des drogues et des tendances addictives, 2017

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