HAS : aller vers un questionnement systématique

Violences conjugales : quel rôle pour les professionnels de santé ?

- Théragora le 2 octobre 2019 N° 26 - Page 0 - crédits iconographique Phovoir


 

En France, une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son conjoint ou ex conjoint et 219 000 femmes subissent chaque année des violences au sein de leur couple. Repérer au plus tôt ces situations est crucial et peut sauver des vies. Les professionnels de santé ont à ce titre un rôle clef à remplir. La HAS recommande d'aborder systématiquement la question des violences conjugales en consultation et fournit des outils pour repérer et protéger les victimes.

 

 

Les violences conjugales touchent des femmes de tous âges, de toutes catégories socioprofessionnelles et de toutes cultures. Elles revêtent différentes formes - physique, psychologique, financière… - et ont des conséquences graves non seulement sur la santé des femmes mais aussi sur celle de leurs enfants : traumatismes physiques, développement de comportements à risque, impacts sur la santé mentale… voire décès de la victime.
 
Plus que jamais, les autorités se mobilisent[1] et renforcent les moyens alloués via des plans d'action interministériels pour prévenir ces violences, coordonner les acteurs, protéger et prendre en charge les victimes. Parce que la mobilisation de chaque professionnel de santé est essentielle, le ministère des Solidarités et de la Santé a saisi la HAS pour élaborer des recommandations sur le repérage des femmes victimes de violences au sein du couple. Ces recommandations, les premières publiées en France sur le sujet, sont destinées à sensibiliser les professionnels de santé et à leur proposer des outils indispensables à leur mobilisation.
 
 

Repérer les victimes est aussi un acte médical


Les médecins sont en première ligne pour repérer les femmes victimes de violence, les chiffres disponibles en témoignent : 3 à 4 femmes sur 10 présentes dans les salles d'attente des médecins seraient victimes de violences conjugales[2]; et 1 victime sur 5 a consulté en premier lieu un médecin à la suite d'un incident[3].
Mais, comme la plupart des professionnels de santé, les médecins – faute de formation et d'outils – sont le plus souvent démunis face à cette problématique qu'ils connaissent peu ou mal. Et ils ne vont pas forcément repérer ces situations ni savoir comment agir pour protéger les victimes. 
 
Il est pourtant urgent que chacun d'entre eux soit en mesure de repérer les patientes subissant des violences au sein de leur couple. Avec l'aide d'une équipe de santé pluri professionnelle et en s'appuyant sur les acteurs du secteur social, associatif, médico-social et judiciaire, les professionnels de santé sont à même d'initier des actions concrètes adaptées aux besoins de la patiente. 
Par exemple, ils constituent un dossier médical pouvant être utile à une éventuelle procédure judiciaire secondaire ; initient des mesures de protections si la situation est grave ou à risque élevé ; établissent un certificat médical pour faire faire valoir les droits de la victime ; si besoin et avec l'accord de la victime font un signalement au Procureur de la République. Ils ont aussi pour rôle d'informer la victime des outils et des ressources qui peuvent l'aider ainsi que de l'orienter vers les acteurs de proximité sur lesquels elle pourra s'appuyer pour être mise en sécurité, retrouver un logement, un travail, veiller à la sécurité des enfants si elle est menacée.
 
 

Penser systématiquement à questionner pour permettre la parole de la victime

La HAS recommande au médecin d'aborder systématiquement la question des violences avec chacune de ses patientes, afin de permettre à celles d'entre elles qui sont victimes de violence de parler si elles le souhaitent. « Comment vous sentez-vous à la maison ? En cas de dispute, cela se passe comment ? Avez-vous déjà été victime de violences au cours de votre vie ? » sont autant d'exemples de questions à poser lors de l'entretien médical au même titre que celles concernant les antécédents familiaux, la consommation de tabac ou d'alcool.
Favoriser un climat de confiance et en adopter une attitude bienveillante, permet de faire savoir aux victimes qu'elles disposent d'un interlocuteur à leur écoute, sensibilisé aux situations de violences au sein du couple et donc de libérer la parole sur le sujet, lors de cette première consultation ou peut-être d'une consultation ultérieure. 

 

Des outils sur lesquels les professionnels peuvent s'appuyer à tout moment

La recommandation – courte et didactique – publiée par la HAS explique notamment :

  • ce que sont les violences conjugales (conséquences, données d'incidences, facteurs etc.) ;
  • comment les repérer ;
  • comment accompagner les victimes en cas de révélation ;
  • vers quels acteurs orienter ces dernières.

=> Tous ces éléments sont repris de manière synthétique dans 2 fiches que le professionnel de santé peut garder à portée de main : l'une porte sur le repérage et l'autre sur les actions à mettre en œuvre pour protéger la victime.

 

 


[1] Pour en savoir plus : consulter le site stop-violences.gouv.fr

[2] Source disponible sur le site declicviolence.fr

[3] Selon l'enquête 2017 « Cadre de vie et sécurité »
 

 

Les entretiens de Théragora
Cynthia Fleury, une philosophe au chevet de l'hôpital
Cynthia Fleury est philosophe et psychanalyste. Elle enseigne la philosophie au Cnam et à l'hôpital Sainte-Anne à Paris. Elle estime que le monde hospitalier est asphyxié per une "non pensée", un manque de sens et une pénurie de moyens et d'équipements. Selon elle, les soignants connaissent une situation "d'immense épuisement" face à des patients exigeants.
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